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Inventaire général du patrimoine culturel en Picardie

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Mise en ligne du premier lot du recensement du cimetière de la Madeleine :

plaines A à K (emprise du cimetière 1817-1828), soit 531 dossiers.

Les plaines L à O (première extension du cimetière en 1828) et les plaines P et S (seconde extension en 1873), ainsi que trois dossiers de synthèse sur les monuments et le décor, seront mis en ligne en 2016.

Pour en savoir plus, voir le dossier de présentation ou les conditions d'enquête.

 

Lumière sur

Les maisons et fermes du canton de Noyon

AVANT PROPOS

148 maisons et fermes réparties dans les 23 communes du canton ont été étudiées. C´est le bilan relativement modeste, qui s´explique par les conditions très particulières de l´enquête. Le canton de Noyon a, en effet, énormément souffert lors du premier conflit mondial, qui en a très profondément modifié le visage. Les combats ont concernés toutes les communes du canton, mais cependant de manière inégale, suivant le détail des opérations militaires. Si toutes les maisons et toutes les fermes de Genvry ou de Labroye ont été rasées, en revanche, le bâti de Cuts, par exemple, a été beaucoup moins gravement touché.

Au coeur de la campagne d´inventaire, nous nous sommes donc plus particulièrement attardés sur les communes quelque peu préservées, Baboeuf, Cuts, Salency, en particulier, où nous avons pratiqué une sélection « large », dépassant les normes habituelles. Ces sélections présentent nous l´espérons, à la fois les différentes formes de bâti ancien, et peut-être aussi les nuances existant entre l´une ou l´autre partie du canton, dans la mesure, bien entendu, où l´échantillonnage conservé est significatif.

Dans les communes plus durement touchées par la guerre, à Béhéricourt, Brétigny ou Varesnes par exemple, notre travail a surtout consisté en un repérage précis des maisons ou de fermes ayant échappé au désastre. Aucune véritable typologie ne peut être tirée de ce repérage, qui concerne des édifices souvent isolés et généralement incomplets ou très restaurés.

D´une manière générale, les maisons et fermes postérieures à 1914 ont été écartées de l´étude, excepté dans les communes de Larbroye et de Suzoy, entièrement rasées pendant la Première Guerre mondiale. Dans ces deux communes, nous avons superposé cadastre napoléonien et cadastre moderne à l´occasion du repérage systématique du bâti. Ainsi ont pu être notées les transformations issues de la véritable rupture, que fut la Grande Guerre.

CARACTERES ARCHITECTURAUX

1) Implantation du bâti

Maisons et fermes de la campagne noyonnaise forment des villages groupés, situés soit à mi-pente des versants, au niveau de l´affleurement des sources (par exemple Baboeuf, Béhéricourt, Salency, etc.), soit en fond de vallée et parfois en bordure directe de l´Oise (par exemple Appilly, Brétigny, Varesnes, etc.). Maisons et fermes sont généralement disposées le long d´un axe principal qui peut être une route (ex : Pontoise-lès-Noyon), et de rues de moindre importance qui rejoignent cet axe principal. Les écarts sont dans l´ensemble très peu nombreux, sauf à Cuts, qui fait exception. Quelques communes possèdent sur leur territoire de grandes fermes isolées nées d´opérations de défrichement (Varesnes : ferme Neuve ; Sempigny : ferme de Parvillers ; Pontoise-lès-Noyon : ferme de Courcelles).

2) Chronologie du bâti

Diverses raisons, et en particulier les destructions de la Première Guerre mondiale, font que maisons et fermes conservées nous donnent une image sans doute très incomplète du bâti ancien.

Absolument rien ne nous est parvenu qui soit antérieur au 17e siècle. Le 17e siècle lui-même n´est représenté que par quelques rares maisons ou fermes construites en pavés de grès fort difficiles à situer avec précision (ex : Appilly, cad. 1982 A5 815). Les deux premiers quarts du 18e siècle eux-mêmes n´ont laissé que peu de choses (Grandrû : ferme, cad. 1955 AC 134 par exemple). En revanche, le corpus des maisons et des fermes de la seconde moitié du siècle, qui nous est parvenu est nettement plus considérable. Cependant, l´essentiel du bâti ancien date du 19e siècle. Un très grand nombre de maisons et de fermes est construit entre 1800 et 1840 environ, puis l´activité se ralentit, tout en restant importante jusqu´en 1914. La Première Guerre mondiale bouleverse tout. Finalement, l´essentiel du patrimoine rural actuel est postérieur à 1918.

Liste des chronogrammes relevés sur les maisons et fermes

Appilly : 1865

Baboeuf : 1728, 1836, 1841, 1871, 1887, 1897, 1907

Beaurains : 1819

Béhéricourt : 1871

Caisnes : 1826

Cuts : 1825, 1828, 1832, 1836, 1837, 1848, 1849, 1853, 1872

Grandrû : 1845, 1850, 1874

Noyon : 1620, 1765, 1862

Passel : 1901

Pont-l´Evêque : 1910

Pontoise-lès-Noyon : 1787

Suzoy : 1856

Varesnes : 1882

Le nombre important de chronogrammes relevé confirme la prédominance du 19e siècle parmi les maisons et les fermes conservées (24 chronogrammes du 19e siècle sur les 31 relevés). Ces chronogrammes ont été de très précieux repères, qui ont permis des datations sûres et précises pour l´ensemble des maisons et des fermes anciennes.

3) Plans et élévations

Plans et élévations des maisons du canton de Noyon présentent une certaine homogénéité. Quelques « dénominateurs communs » se dégagent en effet très nettement :

- Les maisons sont en général de plan allongé, mais de dimensions variables, le nombre de travées étant en rapport avec l´importance de la demeure.

- A l´intérieur, les différentes pièces se commandent entre elles. Quelquefois, cependant, un couloir transversal offre un passage aisé entre la rue et le jardin.

- Toutes les maisons anciennes du canton sont en rez-de-chaussée, sur cave ou non. L´accès au comble se fait au moyen d´un petit escalier dans oeuvre qui souvent se réduit à une simple échelle, surtout lorsque le comble n´est pas habitable.

- Les cheminées sont adossées aux deux murs pignons ou bien à un éventuel mur de refend.

- Les toits sont à longs pans percés de lucarnes, avec pignons généralement découverts, qui couronnent de petits épis de faîtage. Dans les villages les plus proches du Soissonnais, à Cuts par exemple, ont été signalés quelques pignons à redents.

Deux cas de figure se présentent quant à la situation des maisons par rapport à la rue, soit le mur goutterot est parallèle à celle-ci, soit il lui est perpendiculaire. Nous trouvons donc quelques fois des alignements de maisons le long de la rue (cf. Pontoise-lès-Noyon), ou des enfilades de pignons comme dans la rue Vieille de Baboeuf. Le plus souvent cependant, se mêlent maisons à murs goutterot sur rue et maisons à pignon sur rue.

Les logis des fermes apparaissent en bien des points comparables aux maisons, si ce n´est évidemment que leur situation est étroitement liée à la structure globale de la ferme, à ses dimensions, à sa fonction.

Les fermes les plus importantes, en particulier les fermes céréalières, présentent un plan à cour fermée, ainsi la ferme située Grande Rue à Salency. Les différents bâtiments d´exploitation se développent bien organisés autour de la cour, aire de battage, grange, remise, écuries.

Le logis dans ce type de ferme se trouve systématiquement en fond de cour, l´ensemble offrant, côté rue, une façade aveugle, percée seulement d´un large portail.

Les grandes fermes de défrichement telle la Ferme Neuve, sur la commune de Varesnes sont disposées d´une manière plus rigoureuse encore, mais elles n´appartiennent pas à ce qu´il est convenu d´appeler l´architecture traditionnelle.

Le plan à cour ouverte correspond généralement aux fermes d´importance moyenne ou petite, qui sont en plus grand nombre. Exemple type d´une ferme de moyenne importance, la ferme de Baboeuf est disposée de la manière suivante : logis avec mur goutterot longeant la rue, accès à la cour par un portail latéral, large cour aux bâtiments non jointifs, écurie, porcherie et vacherie non loin du logis, hangar pour le matériel agricole en fond de cour, avec accès direct sur les champs.

Un grand nombre de petites fermes, de type de celle de Salency sont construites suivant un plan en L. Autour d´une petite cour ouverte se développent le logis et quelques annexes avec mur pignon sur rue ; remise et grange sont alors disposées en retour d´équerre.

4) Matériaux de gros-oeuvre et de couverture

Une grande variété de plans a été remarquée lors de l´étude des fermes du canton. Une variété égale existe dans le choix des matériaux de gros-oeuvre : le grès, extrait superficiellement à Varesnes ou à Béhéricourt, par exemple, est employé dans les édifices les plus anciens, et pour les assises inférieures des murs ; le calcaire propre à la taille, extrait des immenses carrières de Béhéricourt, Cuts ou Ville, domine largement et s´associe souvent à la brique ; le pan de bois avec remplissage en torchis, puis en brique, enfin moins cher que la pierre, n´est pas rare et s´est maintenu jusqu´au début du 20e siècle.

Il existe presque toujours une véritable hiérarchie entre les matériaux plus durables, utilisés pour la construction des logis de ferme, et ceux plus légers des bâtiments d´exploitation. Les combinaisons les plus répandues ont pour constante un logis en pierre calcaire en moyen appareil, associé à des bâtiments d´exploitation en pan de bois ou en brique et pierre (fig. 14 et 15). L´association logis en pierre avec brique en remplissage et parties agricoles en pan de bois existe également, mais nous avons également étudié des fermes entièrement en pan de bois. En général plus fragiles, les parties agricoles se sont beaucoup transformées, pour s´adapter aux progrès de la mécanisation ; elles sont donc le plus souvent postérieures au logis.

La chronologie peut être sans conteste liée au choix des matériaux de gros oeuvre. Les très rares maisons ou fermes du 17e siècle conservées, témoignent de l´emploi du grès sous forme de pavés. Dans les trois premiers quarts du 18e siècle, nous avons trouvé des logis de fermes et des maisons, tantôt associant la brique et la pierre, tantôt la pierre calcaire moyen appareil. Cette formule s´impose totalement à partir de la fin du 18e siècle pour régner d´une manière absolue jusque vers 1840-1850. Nous retrouvons ensuite l´emploi conjoint de la brique et de la pierre, qui laisse place ensuite à la brique seule. Logis de ferme et maisons en brique existent dès les années 1880-1890, mais tous ceux qui seront construits après 1918 le seront dans ce matériau.

Plus d´homogénéité régnait dans le choix des matériaux de couverture : la tuile plate et surtout le chaume étaient jusqu´à la Première Guerre mondiale les matériaux traditionnels. Le chaume, en forte régression depuis le début du 19e siècle car trop combustible, a définitivement cédé la place à la tuile mécanique et à l´ardoise au moment de la reconstruction (cf. fig. 7).

5) Maisons de tisserands, maisons de mariniers, maisons de vignerons

Les maisons de journaliers ou de manouvriers du canton de Noyon apparaissent très proches des logis de ferme, bien que généralement plus petites (3 travées de façade). En revanche, certaines activités traditionnelles autres qu´agricoles ont parfois donné naissance à une architecture originale. Si bûcherons et carriers occupent des habitations sans particularités remarquables, mariniers de Pont-l´Evêque et tisserands de Cuts, Caisne ou Varesnes occupaient des maisons bien caractéristiques.

A Pont-l´Evêque, un alignement de petites maisons de mariniers à deux ou trois travées de façade, avec parfois un étage carré, borde le quai du petit port donnant sur le canal latéral de l´Oise.

A Cuts par exemple, où la culture du lin et du chanvre alimentait des ateliers domestiques de tissage, il existe des maisons aux formes originales adaptées à ces activités : il s´agit de maisons de plan allongé dont une partie repose sur une ou plusieurs caves partiellement enterrées, voûtées de pierre, dans lesquelles se trouvaient les métiers (ex : Cuts, 121 rue de l´Ordrue et 1464 rue de la Ramée).

Quelques-uns parmi les villages du canton situés à flanc de coteau conservent encore des très rares spécimens de maisons de vignerons qui rappellent l´existence de vignes près de Noyon jusqu´à la fin du 19e siècle. L´exemple présenté qui se trouve à Baboeuf date quant à lui probablement du 17e siècle. Son plan ne la différencie pas des autres maisons étudiées dans le canton, si ce n´est que la présence d´un rez-de-chaussée surélevé et d´un accès de cave cintré important, évoquent clairement sa fonction primitive.

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